8 février 2018 : matinée débat au Conseil économique, social et environnemental
Le 8 février dernier, le Service interministériel des archives de France (SIAF) avait organisé une matinée débat à Paris, au Conseil économique, social et environnemental. Ce débat, ouvert par Françoise NYSSEN, ministre de la culture et clôturé par Jean-Louis DEBRÉ, président du Conseil supérieur des archives, a attiré de nombreux auditeurs. Des archivistes essentiellement, mais aussi quelques historiens, des représentants du personnel et des représentants du monde généalogique : généalogistes amateurs (FFG) et professionnels (Généalogistes de France). Cette initiative avait été prise par le SIAF suite à la publication par le journal Le Monde en novembre 2017, d’extraits d’un rapport confidentiel interne au Ministère de la culture. Ledit rapport prônant une réduction des coûts par un accroissement de la numérisation, et surtout : un recentrage de la sélection des archives autour de la notion « d’archives essentielles », a immédiatement suscité une vive inquiétude des archivistes. Craignant que les archives ne soient réduites à « des stocks à réduire » et à un affaiblissement de la mémoire de la nation, ils se sont vivement opposés à ce projet qui ne ferait d’eux que de simples gestionnaires de stocks.
Dans son discours d’ouverture, la Ministre a voulu rassurer tout le monde en disant « nous ne ferons pas d’économies sur notre mémoire ». Nous avons indiqué, en son absence car elle a quitté les lieux dès la fin de son discours, qu’il nous semblait paradoxal qu’elle ait tenu ces propos, alors que ce fameux rapport confidentiel n’était axé qu’autour de l’optique de réaliser des économies. Nous avons rappelé les dégâts imputables à une vision strictement comptable des choses que l‘on peut constater dans d’autres domaines de la société, comme par exemple la santé. Comme les autres intervenants, nous avons bien sûr affirmé qu’on ne pouvait pas tout garder et que nous sommes conscients que des choix sont à faire. Mais ces choix ne doivent pas être faits que dans le but de ne garder que les archives essentielles. Des archives ne semblant pas essentielles en 2018 le seront peut-être en 2118, voire avant. Nous avons rappelé notre opposition, sans avoir été entendus à l’époque, au funeste projet de la suppression du deuxième registre d’état civil, tout en étant favorables aux opérations de numérisation permettant à tous les citoyens d’avoir accès à distance aux archives. Les archivistes ont fait état de l’augmentation énorme du dépôt d’archives, comme par exemple les archives de la justice et de l’intérieur, mais aussi de celui des archives numériques. Tous ces dépôts étant aussi caractérisés par l’accroissement de leur complexité et de leur hétérogénéité.
L’ensemble des intervenants a aussi émis des craintes quant aux archives numériques, en particulier sur la pérennité des supports, et la possibilité que si ces archives étaient peu consultées, elles disparaissent. En outre, le rapport avait mis en avant la possibilité que des économies soient réalisées par la numérisation. D’autres coûts ont été oubliés, ou passés sous silence : la pérennité des supports tel que dit plus haut, mais aussi les mises en ligne, l’entretien et les réparations, tout cela effectué par des gens qu’il faudra bien payer.
Enfin, chaque catégorie d’intervenant a manifesté le désir d’être consultée, voire associée, lorsque des décisions de destruction, allant d’un « simple » échantillonnage à des destructions de plus grande ampleur seront envisagées.
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Cette matinée débat était sans doute la dernière grande réunion de Monsieur Hervé LEMOINE en tant que Directeur du SIAF. En effet, il allait prendre le 12 février la direction du Mobilier national et des manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie. Nous devons souligner que lors de ses responsabilités au SIAF de 2010 à 2018, nous avons apprécié son ouverture d'esprit, sa conscience aiguë de l'intérêt général, et tout simplement la qualité du dialogue que nous avons eu avec lui. Nous souhaitons à Monsieur Hervé LEMOINE, généalogiste lui aussi, rappelons-le ! plein succès dans l’exercice de ses nouvelles fonctions.
Thierry Chestier,
président de la FFG
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