Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de la Fédération Française de Généalogie, reconnue d'utilité publique

Jean-François Pellan, 8e président

20 Avril 2025, 15:32pm

Publié par F.F.Généalogie

Dans le monde feutré de la généalogie associative française, peu de figures ont autant incarné à la fois la puissance tranquille d'un grand seigneur local et la rigueur intransigeante d'un homme de loi. Jean-François Pellan, notaire honoraire, président du Centre Généalogique du Finistère depuis des décennies, 8e président de la Fédération Française de Généalogie, est de ceux-là. Un homme de conviction profonde, chez qui le droit, la Bretagne et les archives n'ont jamais cessé d'être une seule et même cause.

Les racines bretonnes d'une vocation précoce

Jean-François Pellan grandit dans une famille qui se dit bretonne, mais dont son père ne pouvait lui expliquer la signification du patronyme — une frustration fondatrice. Il entreprend donc, avant ses 18 ans, des recherches sur sa famille paternelle et maternelle qui lui prouvent que des deux côtés, ses racines sont profondément ancrées en Bretagne. C'est même dans les livres qu'il finit par trouver la clé de l'énigme de son patronyme, dont l'explication ne peut se faire qu'à partir de la langue bretonne.  La généalogie comme quête identitaire : rarement l'équation aura été aussi limpide.

Originaire des Côtes-d'Armor mais né en région parisienne, il s'installe à Landivisiau en 1973, où il a suivi sa femme, rencontrée pendant ses études universitaires de droit à Caen.  La cité léonarde du Finistère nord deviendra son port d'attache définitif, le théâtre de sa vie professionnelle et associative.

Le notaire et les registres : une carrière à double vocation

Diplômé d'études judiciaires, il exerce la profession de notaire dans la cité léonarde jusqu'à sa retraite en 2004. Trente ans de carrière notariale, à lire des actes, à instrumenter des transmissions de patrimoine, à mesurer combien la connaissance des lignées familiales est au cœur du droit successoral. Cette formation juridique forge chez lui une rigueur documentaire et une compréhension des enjeux législatifs qui seront décisifs dans son engagement généalogique.

C'est à sa retraite qu'il dispose enfin du temps pour s'investir pleinement. Dès 1979, il avait adhéré à l'ancêtre du Centre Généalogique du Finistère — portant le numéro d'adhérent 80, un numéro dont il se plaît à souligner le caractère pionnier face aux milliers d'adhérents que compte désormais l'association.

Bâtisseur d'un empire associatif finistérien

Ce qui distingue Jean-François Pellan de la plupart des présidents d'associations généalogiques, c'est l'ampleur de ce qu'il a construit dans le Finistère. Le Centre Généalogique du Finistère qu'il préside regroupe ses membres dans trois antennes — à Quimper, Brest et Morlaix — avec des annexes supplémentaires au Relecq-Kerhuon, à Crozon et à Moëlan-sur-Mer. Sous sa présidence, il fait du CGF la plus grosse association généalogique de France, forte de plus de 5 600 adhérents.  L'association publie Le Lien, revue trimestrielle de qualité dont les articles généalogiques et historiques sont écrits par les adhérents eux-mêmes, tirée à plus de 5 400 exemplaires.  Un journal associatif d'une ampleur rare, qui témoigne de la vitalité d'une structure bien rodée.

Près de sept millions d'actes sont consultables par les adhérents sur le site de Généabank — un chiffre vertigineux, fruit de décennies de dépouillement bénévole patient, que Pellan défend bec et ongles contre toute tentative de récupération commerciale.

L'élection unanime : le choix d'un juriste

Le 29 juin 2013, Jean-François Pellan est élu à l'unanimité par les 24 membres présents ou représentés du Conseil d'administration fédéral , devenant le 8e président de la FFG. Il a alors 70 ans. Il succède à Michel Sémentery, du Limousin, qui a achevé son troisième mandat.

Son programme se tient en trois mots : « Ouverture, transparence, imagination »  — une formule qui dit à la fois ses ambitions et ses limites, car la transparence et l'ouverture sont des valeurs de juriste, là où l'imagination est souvent le domaine des autres.

Il entend placer son action sous le signe de l'ouverture vers les associations non fédérées, de la transparence du fonctionnement de la fédération, et de l'imagination pour relever les défis de la crise du modèle associatif.

Le combat juridique pour la gratuité des archives

Dès son arrivée à la présidence, le juriste prend le dessus sur le généalogiste. Jean-François Pellan engage au nom de la Fédération une action judiciaire contre le département de la Charente pour avoir lancé un site d'archives à accès payant. L'enjeu est fondamental : la gratuité de l'accès aux archives publiques est pour lui un principe intangible, une condition sine qua non de la démocratisation de la généalogie.

Fervent défenseur du système associatif « où l'on n'a rien à vendre et où tout est gratuit pour les adhérents », il nuance néanmoins sa position : « Ce n'est pas mon modèle, mais chaque association est libre de faire ce qu'elle veut du travail de ses adhérents. » Un libéralisme de façade qui masque une conviction profonde : la généalogie commerciale est une menace pour la généalogie associative.

Durant sa présidence, il s'investit dans les problèmes posés par la nouvelle législation en matière d'archives, et surtout, il engage toute la procédure pour la déclaration d'utilité publique de la FFG — laquelle sera officialisée juste après qu'il aura quitté la présidence.  Un chantier colossal, mené avec la rigueur d'un notaire habitué aux dossiers complexes, dont son successeur Thierry Chestier récoltera les lauriers.

Après la présidence : le baron en opposition

En quittant la présidence en 2016, Pellan reste membre du Conseil d'administration en tant que président de l'Union Généalogique de la Bretagne Historique et du CGF. Il devient président d'honneur de la FFG et conseiller de Thierry Chestier sur les questions de législation.  Mais la cohabitation avec la présidence suivante se révèle plus difficile. À l'automne 2020, en désaccord profond avec la politique de Valérie Arnold-Gautier, Jean-François Pellan conduit le Cercle généalogique du Finistère hors de la FFG, entraînant avec lui le Centre généalogique et historique du Poher et le Cercle Généalogique d'Ille-et-Vilaine.  Son grief central est net : il n'apprécie pas le mélange des genres entre la généalogie associative et les entreprises marchandes.  Les conséquences financières sont immédiates : la cotisation du seul CGF à la fédération représentait 9 000 € par an, sans compter le poids symbolique d'une association comptant 12,5 % des effectifs totaux de la FFG.  Pourtant, lorsque la crise de 2024 éclate et que Francis Chassagnac prend les rênes de l'institution, Pellan revient dans le jeu fédéral, nommé chargé de mission pour les questions juridiques — preuve que ses compétences restent précieuses même quand ses positions divisent.

Une figure toujours active à l'aube de ses 85 ans

Né en 1940, Jean-François Pellan est décrit à 78 ans comme « une forte tête, partie en croisade contre l'influence des marchands de la généalogie »  — un portrait qui pourrait tout aussi bien s'appliquer à lui aujourd'hui. Toujours actif à la tête du CGF, il supervise une lettre d'information bimensuelle distribuée à plus de 7 000 personnes.  L'association qu'il a bâtie continue de prospérer, portée par une éthique associative intransigeante et une base de données de plus de onze millions d'actes — un héritage sans équivalent dans la généalogie française.

Commenter cet article